Dimanche 30 mars 2008

 Présentation rapide d'une pièce que j'ai vu voici quelques jours au CCF d'Alger, et que j'ai beaucoup aimé. Le spectacle passe aussi en France.

Anna et ses sœurs d’exil

 

La pièce de théâtre « Anna et ses sœurs » était présentée lundi 24 mars au centre culturel français d’Alger. Le spectacle, encore à l’affiche ce soir, donne la parole à des femmes émigrées.

 

C’est l’histoire d’Anna et ses sœurs. Anna, c’est la grand-mère de Géraldine Benichou, la metteuse en scène du spectacle présenté lundi et mardi au centre culturel français, une juive d’Algérie qui dans les années 60 a du prendre le chemin de la France. Au fi de ses discussions avec cette grand-mère dont la voix rythme le spectacle, sa petite fille a eu envie d’en savoir plus sur le ressenti des "exilés". Elle a alors décidé de recueillir les témoignages de plusieurs femmes qui ont émigré dans l'hexagone. Et de faire entendre leurs voix. Le spectacle « Anna et ses soeurs » était né.

 La pièce commence par la scène à la genèse du projet : une jeune fille interroge une vieille dame juive à l’accent pied-noir. La jeune femme c’est la comédienne Madeleine Assas. Le rôle de la vieille dame est interprété par l’acteur Salah Gaoua, enveloppé dans une couverture sur un fauteuil à bascule. Il répète les mots de la grand-mère qu’on entend en parallèle enregistrée. Il évoque son existence en Algérie. Sa vie avant.

Le dialogue s’efface, c’est la voix d’une nouvelle femme qu’on entend. Madeleine Assas commence alors à jouer ce nouveau rôle, donne corps aux mots de cette femme, à sa vie douloureuse d’étrangère qui a perdu ses proches, ses repères, ses diplômes, en suivant son mari en France. Elle interprètera de même tous les témoignages audio qui suivront. Entre chaque récit, Salah Gaoua, chante des airs kabyles, sa langue d’origine, sa façon à lui d’évoquer le départ. Salah Gaoua dont on aperçoit régulièrement sur l’écran au mur la demande de naturalisation française.

Ces émigrées dont l’existence se déroule devant nous viennent d’Algérie, du Rwanda, du Mali. Elles ont connu la guerre, la souffrance, le déracinement forcé. Et pourtant elles sont arrivées en France, pleines de leurs douleurs mais aussi d’espoirs. N’abdiquant pas toutes leurs espérances. Les témoignages sont durs, parlent de rejet, d’incompréhension, de racisme. Interrogent la condition de la femme aussi. Mais Dalila, Fadia, et les autres résistent. S’accrochent. Un message que Geraldine Benichou, malgré le côté brouillon de certaines scènes où le spectateur est perdu entre le jeu des comédiens et les éléments audiovisuels projetés, a su faire passer tout en subtilité.
 AN

 

Par agnes noel
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